Motivations, obstacles, gains

logos(coeur)_CMYKCheminement d’une personne au sein d’un groupe de promotion-vigilance (Par, Pour et Avec)

Ma première visite à La Bonne Étoile, groupe d’entraide en santé mentale et groupe de promotion-vigilance, remonte à 1999.  De prime abord, je dois avouer que j’avais énormément de peurs et de préjugés sur la santé mentale. De plus, le fait de fréquenter ce groupe revenait à admettre que j’avais un problème de santé mentale.  Je n’étais pas prête à accueillir cette réalité à cette époque.

Lors de l’apparition des symptômes, j’ai été étiquetée de plusieurs diagnostics, 7 au total.  Très rapidement et presque à mon insu, je me suis retrouvée surmédicamentée et écrasée.  Bref, les effets secondaires des médicaments étaient plus incapacitants que les symptômes de la maladie elle-même.  Différents intervenants se sont succédés dans ma vie, entraînant ainsi des conséquences peu favorables pour moi: perte de pouvoir sur ma vie, perte de confiance en moi et image négative de moi-même. En un mot, EXTINCTION de tout ce que j’étais comme personne.

À travers les dédales de tous ces spécialistes, très rapidement, je me suis retrouvée dans un cercle vicieux d’où il m’était difficile, pour ne pas dire impossible, de m’échapper : séjours à l’hôpital/auberge pour les patients de l’hôpital de jour, hôpital de jour à familles d’accueil, etc. À un certain moment, je me suis même vue imposer des injections de neuroleptiques.

Avec un certain recul, je suis persuadée que les souffrances vécues à cette époque étaient en grande partie liées non pas à la maladie, mais bien au traitement médical et autant à l’attitude des intervenants qu’à celle de mon entourage.  Voici un bel exemple de victimisation secondaire. Dans l’ensemble, les pertes et/ou deuils que j’ai eus à traverser lors de cette période de ma vie sont : éclatement de ma famille, perte de la garde de ma fille qui avait 5 ans à l’époque, perte de mon travail pour invalidité totale, perte de ma licence d’infirmière (profession adorée et importante pour moi), perte de ma maison, faillite, perte de mon permis de conduire, etc. Petite anecdote : à un moment donné, et ce, pour une assez longue période, je n’avais plus besoin de clé, car je ne possédais aucune voiture, aucun domicile personnel, aucun travail…

Durant cette période, j’ai vécu plusieurs préjudices et perdu tout pouvoir réel sur ma vie.

Ce sont les intervenants et le père de ma fille qui se sont substitués à mon jugement et qui, par le fait même, décidaient si oui ou non je voyais ma fille les fins de semaines. Si, par malheur, j’osais m’affirmer un peu trop, je perdais des privilèges. Des tests de fonctionnement m’ont été imposés, dans le but «d’encadrer» ces visites. Cependant, aucun support ne m’a été accordé afin de les faciliter.

Pour échapper à la coercition dont j’étais victime, je me suis exilée dans ma famille en Gaspésie, pendant 1 an et demi. Là-bas, j’ai eu la chance de rencontrer de bonnes personnes qui m’ont aidée à amorcer une prise de conscience et accompagnée dans ma démarche de reprise de pouvoir sur ma situation, soit par un ajustement de médication et par de l’aide afin de rebâtir ma confiance en moi.  Un travail de longue haleine qui s’est précisé et renforcé au moment où j’ai commencé à fréquenter un groupe d’entraide.

Ce qui m’amène à vous parler de mes débuts au groupe d’entraide. Je fréquente cette ressource depuis 2002.  Mes débuts ont été longs et teintés d’une grande prudence, car je ne connaissais pas le milieu communautaire. J’avais été traumatisée par la psychiatrie et son approche, il était naturel, pour moi, d’avoir peur d’être écrasée de nouveau et de revivre la perte de pouvoir sur ma vie.  Mes premières impressions m’ont agréablement surprise, j’étais étonnée de voir que les membres n’étaient pas considérés comme des malades, mais plutôt comme des personnes ayant des forces et du potentiel, une notion peu familière pour moi.

Après quelques mois de fréquentation, je suis devenue membre du conseil d’administration. J’ai été séduite par la place laissée aux membres, par exemple : lors de prises de décisions, tous ont la possibilité d’exprimer leurs idées et leurs demandes, d’être entendus et respectés.  À travers ces différentes expériences, j’ai appris ce qu’étaient l’entraide et le mouvement alternatif.  Ça m’a donné le goût d’embarquer et de m’impliquer!

De fréquenter La Bonne Étoile m’a apporté plusieurs choses. Premièrement, des connaissances, de la reconnaissance sociale ainsi que la revalorisation de mes capacités.  J’ai pris conscience que je pouvais faire des choix, que j’avais des droits, que j’étais une personne et non pas une maladie et, surtout, que je pouvais encore être utile dans la société, que j’y avais une place… MA place. Il est important de souligner que pour moi, ce qui a été le plus aidant et le plus significatif fût le contact avec les membres, l’entraide vécue entre nous, ainsi que le support des intervenantes. Tout ceci était d’une très grande richesse! Bref, ce milieu stimulant et passionnant a allumé mes intérêts, suscité mon esprit critique et augmenté mon estime de moi, ce qui a eu comme « effet secondaire » la reprise de confiance en moi.

À mon avis, un groupe d’entraide est un lieu d’expérimentation où l’on peut réussir, mais aussi se tromper.  Un lieu où l’on a le droit de parole, le droit d’être nous-mêmes et d’être acceptés comme tel, un lieu où l’on peut être supportés et validés à l’intérieur de nos différentes démarches. 

En terminant, si je fais un rapide bilan de ma vie actuelle, ceci avec mes propres capacités et avec le support de mon groupe d’entraide,  je peux affirmer, sans l’ombre d’un doute, que j’ai repris confiance en moi. J’ai repris le pouvoir sur ma vie à tous les points de vue. Bref, toutes ces expériences m’ont fait grandir et m’ont fait faire le constat que dans la vie, rien n’est impossible!

Andrée Morneau
Présidente de la Bonne Étoile, depuis 12 ans et de L’AGIDD-SMQ depuis 3 ans

 

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