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Un travail qui fait du sens ou faire sens dans mon travail?

D’une génération à une autre, la relation avec le travail évolue ainsi que sa place dans nos vies. Les priorités changent et la quête d’un avenir meilleur et d’un équilibre travail – vie personnelle fait parfois place à un déséquilibre entre l’espoir d’atteindre mon idéal et la dure réalité face à l’ampleur du travail à abattre.

J’ai 43 ans, je suis de la génération X ou de la génération « tampon » comme certains disent…Une génération qui se trouve entre deux visions du travail qui s’entrechoque parfois. L’une qui a bâti le monde communautaire portant avec elle toute l’ardeur à « l’ouvrage », la passion, fondant une solide réputation et militant pour le bien commun. L’autre étant moins hiérarchique, cherchant la flexibilité, l’autonomie, le plaisir et un équilibre entre son travail et sa vie personnelle. Le « tampon » entre une génération pour qui le travail passe par l’acharnement, le devoir avant le plaisir et se traduit bien souvent par plus de 50 heures à « travailler durement». Et l’autre génération qui cherche, oui à travailler, mais aussi à consacrer beaucoup de temps à la famille, à leurs amis et à leurs loisirs. Cette volonté d’un bien-être personnel et d’un équilibre avec la vie professionnelle à un impact sur le temps que cette génération passe au travail (pas plus de 40 heures/semaine). Le « tampon » entre une génération loyale à l’employeur caractérisé par la montre en or pour 35 ans de service. Et l’autre qui change 8 fois de domaine d’emploi au cours de sa vie.

Moi, je suis là à vivre au quotidien cette dualité entre l’espoir d’atteindre l’équilibre avec ma vie personnelle et la dure réalité face à l’ampleur du travail m’entraînant, comme une vague, dans un remous effarant et m’obligeant de relayer la famille au second plan.

Steeve Dupuis
Formateur et animateur, Centre St-Pierre

Qui a tort, qui a raison?

Je vous raconte une petite histoire tirée de la tournée sur la relève des travailleurs, travailleuses et bénévoles dans le milieu communautaire. Rapportons-nous en 2010…Le Centre St-Pierre fait une vaste consultation depuis plusieurs années sur cette question de relève et j’entreprends la dernière étape qui donnera lieu, plus tard, à la boîte à outils sur la relève. Ça fait plusieurs semaines que je suis en tournée à travers le Québec avec le directeur de la Table nationale des Corporations de développement communautaire (TNCDC). Nous sommes à notre 6e rencontre. Fait surprenant, qui n’était pas arrivé auparavant, la salle se compose de personnes ayant plus de 50 ans et moins de 30 ans. Il n’y a personne dans la salle entre ces deux générations.

Une personne portant fièrement les cheveux gris se lève et s’exprime sur sa perception de la relève et dit : « Ces jeunes là…toute une gang de flan mou qui ne veulent pas travailler. Peut importe ce qui arrive, à 5h le travaille est fini, ils ferment tout et partent. Voyons donc, c’est pas ça la vie…Quand il y a quelque chose à faire, il faut le finir avant de partir. Pis le travail, c’est pas ça qui manque. C’est quoi ça partir aussi vite qu’une flèche à la fin de la journée pendant que moi je reste avec tous les problèmes? » Après cette intervention, une jeune femme se lève et dit : « Moi j’ai vu mon père travailler 72 heures par semaine. Et dire que je l’ai vu est un bien grand mot, puisqu’il n’était jamais à la maison. Il m’a manqué et il n’était pas là quand j’avais besoin de lui. Aujourd’hui, je ne veux pas faire ça à mes enfants. Je veux être là pour eux. Si je termine à 17h c’est pour cette raison et ce n’est pas parce que je ne veux pas travailler. Et si je quitte aussi vite, c’est parce que j’ai des pénalités de retard à la garderie si je ne suis pas là à temps. »

Cette histoire met-elle en lumière un choc générationnel? Est-ce une confrontation de valeur et de perception sur ce que doit être le travail dans nos vies? N’est-ce pas là l’illustration de la recherche du bien-être au travail? Qui a tord, qui a raison?

Steeve Dupuis, 
Formateur et animateur, Centre St-Pierre